Le projet

No 1 : Le projet

La voilà enfin ! Ca ressemble à ça :
Cahier No 1 Couverture Cahier No1 Intérieur

Vous trouverez ci-dessous l’Edito de la revue suivi du Sommaire avec téléchargement possible (nous avons adopté la licence Creative Commons) de chacun des articles.

Le bon de commande pour acheter cette revue est en bas de page et le PDF de la revue complète est ici.

l’Edito

Si vous avez ce cahier entre les mains, c’est sans doute que vous faites des projets. Nous ne parlons pas ici de projets de vacances ou autres, destinés à réaliser vos désirs dans vos sphères amoureuses, familiales, amicales ou sociales.

Nous parlons bien de projets professionnels, c’est-à-dire de dossiers ou de fiches présentant à l’avance (et souvent trop en avance...) vos objectifs vis-à-vis d’une action, le déroulement de cette action (et donc sa fin avant même qu’elle n’ait débuté) et des critères pour évaluer votre travail.

Cette manière de soumettre a priori notre travail à sa hiérarchie (sans quoi nous n’avons pas de moyens, notamment financiers, pour travailler) est relativement neuve. Un regard extérieur pourrait trouver que c’est justement le rôle de la hiérarchie que de défendre le travail de ses subordonnés. Que ces subordonnés doivent réaliser ce travail et non le justifier.

Serait-ce donc incompatible que de faire un travail et de le justifier ? Ça dépend du temps pris à le justifier et de la méthode utilisée pour le justifier (c’est-à-dire la méthodologie de projet). Et c’est là que nous sommes en colère.

D’abord quelques questions : Combien de projets faites-vous par an ? Ce nombre va-t-il en augmentant ? Quel pourcentage de votre temps de travail est utilisé à rédiger ces projets et leurs bilans ? Quel temps de travail est utilisé en réunions partenariales (c’est-à-dire avec les financeurs, donc souvent des pouvoirs publics, prenant ainsi le rôle d’employeurs des associations) pour leur soumettre a priori le travail que l’on souhaite faire ? Quelle énergie consacrée pour faire malgré tout ce qui nous semble bon de faire mais qu’il est difficile de défendre auprès de ses financeurs ? Quel part d’auto-censure y-a-t-il dans cette démarche, passant de ce que l’on souhaite faire à ce qu’il est possible d’obtenir de la part des financeurs ?

Nous pensons que de travailler par projets dénature, dépolitise, ou plus simplement détruit le sens de nombreux métiers, et notamment, ceux qui nous intéressent particulièrement au Pavé et qui servent, ou plutôt devraient servir, à faire vivre les idées et les pratiques de l’éducation populaire.

L’idéologie du projet est tellement chargée positivement qu’il est très agressif pour de nombreux professionnels qui y sont soumis, de gré ou de force, de la remettre en cause, et a fortiori de la combattre. Pire encore, elle est tellement positive qu’elle s’est étendue bien au-delà de la sphère professionnelle jusque dans nos activités militantes, bénévoles ou privées.

Nous avons donc choisi d’éclaircir notre critique du projet en la mettant par écrit. En en faisant le premier numéro d’une sorte de revue dont nous ne savons pas quel sera le deuxième numéro, ni son thème, ni sa longueur, ni sa forme, ni sa date de sortie. Bref, nous n’avons pas fait de projets sur le devenir de cette revue.

Nous savons que nous avons le désir de prendre du recul sur nos pratiques, sur nos idées, de les confronter entre nous et avec celles et ceux que ça intéresse. Nous savons que la confrontation orale d’idées est plus que nécessaire en démocratie, et une bonne partie de nos contenus de formation sont fondés sur cette nécessité. Nous savons aussi combien est nécessaire le passage par l’écrit, pour prendre le temps de développer des raisonnements, d’affiner ses positions, de construire son auto-défense intellectuelle vis-à-vis d’une idéologie ravageuse et décérébrante, celle du capitalisme.

Ce cahier est constitué de textes rédigés seuls ou à plusieurs, par des coopérateurs du Pavé. Ils se répètent parfois, mais peuvent aussi se contredire. Il n’y a pas de rédacteur en chef qui tranche, coupe, fait réécrire, ou invalide des textes. Il n’y a pas de ton uniforme ni de ligne éditoriale.

Sommaire

  • « C’est quoi votre problème avec la méthodo de projets ? »
    Une interview retranscrite telle quelle, avec son langage oral et parfois plus que familier, autour du vécu professionnel d’Annaïg et Gaël du projet et de son influence sur leur manière d’exercer leur métier.
  • « J’aime pas les projets »
    Un long article de fond, rédigé par Manu, qui prend le temps d’expliciter toutes les raisons de notre colère vis-à-vis du travail par projets.
  • « Projet m’a tuer »
    Un texte de Franck qui revient sur les origines de ce travail par projet, et des liens évidents mais méconnus entre l’idéologie du projet et l’idéologie capitaliste visant à marchandiser toutes les activités humaines (et donc aussi le travail social et l’éducation populaire).
  • « L’évaluation détruit nos désirs »
    Un texte rédigé à quatre mains par Alexia et Annaïg visant à dévoiler les rapports entre projet et évaluation : le travail par projets sert avant tout à la hiérarchie pour évaluer le travail de ses subalternes.
  • « Des résistances à l’évaluation »
    Un second texte d’Annaïg et Alexia présentant un début d’inventaire de résistances possibles à cette évaluation soi-disant objective et dont les salariés sont partie prenante, ce qui rend d’autant plus difficile toute opposition.
  • « Vive la synergie proactive et coopétitive »
    Une saynète écrite entre jeunes et professionnels dans le cadre d’un accompagnement visant à définir les critères d’une action pour qu’elle puisse être soutenue par une communauté de communes.
  • « Travailler autrement que par projets »
    Vous y trouverez enfin un texte de Manu présentant, dans le contexte de l’animation socio-culturelle, une posture illustrant concrètement des manières différentes de travailler avec son public. Pour répondre à la question : je comprends bien cette critique du travail par projet, mais comment « travailler autrement que par projets » ? Le premier ennemi que nous vous proposons d’abattre, dans ce combat contre l’idéologie du projet, se situe dans notre tête. Nous espérons que vous trouverez des armes pour ce duel dans les pages qui suivent.