Pour s’écouter

Doutes et certitudes

Durée : 3mn par participants, nombre : maximum 15 personnes, matériel : papier crayons,

Désir : partager nos colères, espoirs, désirs et autres choses plus profondes qui ne trouveront jamais place dans un ordre du jour.

Préparation : aucune

Animation : L’animateur propose d’abord un temps individuel de 5 à 10mn pour se noter sous forme de mots-clés ses différentes doutes d’un côté et certitudes de l’autre par rapport à un thème donné. Puis s’ensuit un tour de table avec le truc « je prends / je laisse » qui vient dire le début et à la fin d’une prise de parole et assurant ainsi n’être pas coupé pendant et permettant de sortir du tour de table linéaire sans interventions de l’animateur.

NdlR : Exercice faussement simple car il présuppose une liberté de paroles au sein du groupe, ce qui est faux quand des dominations s’exercent au sein du groupe, à fortiori hiérarchiques, et ce qui n’est pas gagné quand le groupe ne se connaît pas. Cela demande alors de créer un climat d’écoute et de confiance, voire même de confidentialité des échanges. Cette consigne ne fait sens que s’il y a une part d’intimité qui est révélée dans les prises de paroles. Cette consigne nécessite donc que chacun se prête à la consigne, animateurs compris. Les animateurs peuvent d’ailleurs préciser ce qui est attendu en répondant personnellement tel que eux-même l’attendent des autres, ce qui est plus efficace que de la ré-expliquer.

Paroles boxées

Durée : 2mn par participant, nombre : illimité, aménagement : espace vide

Désir : que chacun puisse dire ce qu’il a au fond du cœur et qui ne trouvera jamais à s’exprimer dans aucune consigne que ce soit, parce que c’est personnel.

Préparation : aucune

Animation : Rassembler les participants en faisant un cercle serré (proposer d’avancer de quelques pas resserre les rangs) ou inviter les passants à s’arrêter pour « assister à un combat contre la langue de bois : chacun peut prendre la parole une fois et une seule fois pour un temps maximum de 6 mn. La parole est alors entièrement libre et l’auditoire est condamné au silence. Pas de deuxième chance, pas de droit de réplique. Vous pouvez dire ici ce que vous voulez et nous sommes réunis pour vous entendre. Une première personne veut-elle prendre la parole ? »
La personne est alors invitée à venir au centre du cercle, ou au moins en avant dans ce cercle. L’animateur peut inciter à applaudir la personne avant ou après sa prise de parole, et lui rappelle le temps 1 mn avant la fin, le cas échéant, ce qui est rare. Il arrive, mais pas toujours, que les prises de paroles s’enchaînent. Cette consigne va créer des silences entre les interventions, il ne faut pas que l’animateur se décompose pour autant et fasse appel à la pitié pour que quelqu’un se dévoue. Il restera à conclure ce moment qui n’a pas de fin en soi (à part l’expression de tous les participants, ce que je n’ai jamais vu).

NdlR : cette consigne nécessite de la part de l’animateur de la confiance en soi au lancement et entre les prises de paroles. Il s’agit d’inciter à prendre la parole, de faire preuve d’empathie pour celles et ceux qui se lancent et de pouvoir assumer la liberté de paroles qui est ici donnée. Et simultanément la règle du jeu amène ceux qui s’expriment à dire des choses précieuses et ceux qui écoutent à entrer en bienveillance et en empathie pour la personne qui s’exprime. On constate aussi que ce sont d’abord les plus habitués à prendre la parole qui se lancent. En acceptant alors l’attente et le silence qui l’accompagne jusqu’à ce que le prochain se déclare, beaucoup passeront le pas.

Groupes d’interview mutuelle

Durée : 40mn, nombre : illimité, aménagement : tables de 3

Désir : que chacun puisse faire le lien entre le thème de la réunion et sa propre expérience, que chacun puisse tirer des enseignements de ses expériences pour aujourd’hui et permettre la transmission d’expériences de manière horizontale et en facilitant l’expression de chacun.

Préparation : aucune

Animation : l’animateur invite les participants à se regrouper par trois, avec des personnes qu’on connaît moins puis invite chacun à livrer une expérience vécue en lien avec le thème de la réunion et les deux autres à poser des questions leur permettant de bien saisir ce qui a été vécu. Le temps alloué est de 10 mn par personne. Il faut donc 30 mn pour faire le tour de chacune des trois expériences racontées dans chaque petit groupe. Il n’y a aucune restitution faite ensuite en plénière. Et il est important qu’il n’y en ait pas car cela toucherait à la nature de ce que chacun pourra raconter. Il est par contre possible d’avoir une exploitation de ce temps, c’est une variante.

Variantes : proposer un temps supplémentaire de 5 à 30mn pour exploiter, toujours dans les mêmes groupes de trois personnes, les récits livrés. Sur l’exemple d’un groupe d’interview mutuelle travaillant sur des expériences réussies de participation, nous proposons souvent de formuler les critères d’une participation réussie.

NdlR : cette consigne permet d’atterrir dans une réunion : en nous conviant à raconter un moment vécu, elle permet de nous recentrer sur notre présence à cette réunion et nous rend disponible pour la suite. En bilan de nos stages, elle fait souvent partie des moments préférés des participants. Sans doute parce qu’elle part du vécu des participants pour en arriver ensuite à la réflexion. Court-circuiter cette étape rend difficile les consignes suivantes, visant généralement à travailler ou réfléchir ensemble.

Pense-écoute

Durée : 40 mn, nombre : illimité, aménagement : tables de 2

Désir : laisser le temps de s’écouter penser soi-même, de mûrir sa réflexion, d’aller au bout de ses pensées avant un temps collectif

Préparation : choisir le nombre et les questions du pense-écoute. Voici un exemple en 4 questions utilisé pour démarrer un stage sur l’éducation populaire :
qu’est-ce que l’éducation populaire ?
Que lui apportes-tu ?
Que t’apporte-t-elle ?
Que lui manque-t-il pour être plus efficace ?

Animation : inviter les participants à se mettre par deux puis expliquer le principe suivant : vous répondrez chacun votre tour à chacune des 4 questions. Celui qui répond a 3 mn de temps de parole, l’autre est dans l’écoute et le silence. Il y aura des blancs dans le monologue, c’est normal. Au bout des 3 mn, le binôme notera les idées émises en 1 mn puis le deuxième aura lui aussi 3 mn pour répondre à cette première question puis aussi 1 mn pour marquer les mots-clés des idées émises. Nous passerons alors à la deuxième question sur le même procédé puis la troisième et la quatrième question. Ne reste alors qu’à livrer la première question et à lancer le chronomètre. Il faudra alors faire le maître du temps pour annoncer chaque fin et démarrage de 3 mn d’expression et de 1 mn de synthèse. Il est préférable de ne pas retransmettre ce qui s’est dit et de l’annoncer avant, ce qui libère de la parole. Il est par contre souhaitable d’exploiter cette matière. Dans l’exemple donné, nous avons aussi demander aux participants de réaliser une affiche avec les réponses à la quatrième question. Il est possible alors de passer en « boule de neige ». Une autre exploitation consiste à passer sur un « paroles boxées » pour que chacun dise librement ce qu’il a envie de livrer.

Variantes : il est évidemment possible de laisser les binômes en autonomie, il leur suffit d’avoir un chronomètre, une montre ou un téléphone portable ainsi que les 4 questions. Il est intéressant de vivre cette consigne, comme d’autres d’ailleurs, en marchant. La marche stimule la réflexion et aide à vivre les silences pourtant nécessaires.

NdlR : Le titre « pense-écoute » peut laisser entendre qu’une personne pense et que l’autre l’écoute. En fait, on s’écoute plutôt penser soi-même. On est parfois gêné de laisser des blancs et de les imposer à celui qui écoute. C’est pourtant passionnant à écouter.

Les pépites

Durée : 30 secondes par personne, nombre : illimité, aménagement : aucun

Désir : que chacun puisse manifester ce qu’il l’a touché dans le moment vécu et terminer une séquence d’animation par ces pépites plutôt qu’un discours froid venu d’en haut

Préparation : aucune

Animation : L’animateur propose à chaque participant de choisir (ou retrouver) une phrase entendue ici ou là pendant le temps partagé ensemble, que ce soit au moment d’une pause, au repas, en aparté pendant un temps de formation, dans un petit groupe de travail ou en plénière. Puis l’animateur invite chaque participant à livrer cette phrase au groupe et éventuellement de dire pourquoi cette phrase l’a touchée.

NdlR : il existe une variante nommée « pépite et râteau » où chaque participant est donc convié à livrer aussi un « râteau », un échec, un truc qui ne l’a pas fait. Ce qui dénature en tout cas l’idée des pépites pour se rapprocher d’un bilan, c’est-à-dire un temps où chacun ressort mitigé mais en réflexion sur ce qui aurait pu être. L’idée des pépites est de célébrer le temps passé ensemble et volé au capitalisme et à nos agendas surchargés. Il n’est pas rare que ces pépites suscitent de la joie, du plaisir d’être ensemble, et que des larmes coulent. Laissons-les couler. N’est-ce pas ce qu’il nous manque ?